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Aimé Césaire 

 
Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Que je n'entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise belle

Donnez-moi la foi sauvage du sorcier

Donnez à mes mains puissance de modeler

Donnez à mon âme la trempe de l'épée

Je ne me dérobe point

Faites de ma tête une proue et de moi même, mon coeur, ne faites ni un père, ni un frère, ni un fils,
mais le père, mais le frère, mais le fils,

ni un mari, mais l'amant de cet unique peuple

Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie

Comme le point à l'allongée du bras !

Faites-moi commissaire de son sang

Faites-moi dépositaire de son ressentiment

Faites de moi un homme de terminaison

Faites de moi un homme d'initiation

Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d'encensement

Faites de moi l'exécuteur de ces oeuvres hautes

Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme

Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine...

Aimé Césaire