
De notre violence
J.Krishnamurti
Nous
sommes violents en nous séparant du reste de l'humanité
par nos croyances, notre nationalité, nos traditions, notre
culture, notre religion. Il doit m'apparaître avec évidence,
maintenant, que je suis un être humain-violent. J'ai reconnu
la violence dans mes colères, dans mes exigences sexuelles,
dans les haines, dans les inimitiés que j'ai suscitées,
dans ma jalousie; j'en ai fait l'expérience vécue et
je me dis que je veux la comprendre tout entière, ne pas m'arrêter
à une de ses manifestations telle la guerre, dégager
le sens de la violence dans l'homme, qui existe aussi chez les animaux
et dont je suis partie intégrante.
Celui
qui cherche à comprendre la violence n'appartient à
aucun pays, à aucune religion, à aucun parti politique,
à aucun système particulier.
Ce
qui lui importe c'est la compréhension totale de l'humanité.
Si je veux comprendre et transcender la violence car elle me corrompt,
me détruit et détruit notre monde, je veux mettre fin
à toute violence en moi et aller au-delà de celle-ci.
A cette fin, je ne dois ni la nier, ni la refouler, ni me dire "elle
fait partie de moi et je n'y peux rien".
Pour
ce faire, je dois regarder la violence, l'étudier, entrer dans
son intimité et à cet effet je ne dois ni la condamner
ni la juger ni la justifier. C'est à dire regarder la violence
complètement, objectivement.
Je
demande simplement s'il est possible à un être humain
psychologiquement intégré à une société
quelle qu'elle soit de se débarrasser de sa propre violence.
Si un tel processus est possible, il ne peut manquer de susciter une
nouvelle façon de vivre.
La
question inévitable que l'on se pose intérieurement
est: "Comment puis-je vivre dans un monde rempli de brutalité,
d'ambition, d'avidité, d'envie, bref de violence ? Ne serais-je
pas détruit ?"
Il
me semble que lorsque l'on soulève cette question, c'est qu'on
ne vit pas en paix, car dans le cas contraire on ne se poserait aucun
problème.